Les actualités

N'habite plus à l'adresse indiquée !

16 décembre 2014

En 2013, environ 11% des foyers français ont déménagé. Cadres et jeunes sont les plus nombreux. Pour les attirer, la ville, la région de destination doivent offrir les conditions d’une vie agréable.

« Partir un jour, sans retour… », chantait un célèbre boys band des années 90. Changer d’air, aller au soleil, retrouver sa région natale, tous les prétextes sont bons pour rêver d’un ailleurs qui rime avec meilleur. Reste à franchir le pas. « Après un creux de mobilité entre 1970 et 1984, le taux de mobilité est remonté progressivement », observe Thomas Sigaud, sociologue, chercheur au Centre d’études de l’emploi, auteur d’une thèse sur les mobilités résidentielles liées à l’emploi*. « Les Français sont plus mobiles qu’il y a 25 ans, mais pas plus qu’il y a 40 ans », résume-t-il.

Les personnes interrogées déclarent en majorité déménager pour des raisons personnelles plus que professionnelles. « Une case à cocher ne suffit pas à distinguer toutes les causes. On se rend compte qu’il y a un entrelacement de raisons, et qu’un déménagement, c’est compliqué », avance le sociologue.

Histoire et territoires
Avant, les travailleurs suivaient l’emploi, que ce soit dans les bassins miniers ou un peu plus tard en région parisienne. « Il y a fort à parier qu’un homme de 65 ans travaillant à Rosny dans l’industrie automobile, aient des parents anciens mineurs en Lorraine », analyse M.Sigaud.

Exode rural, cycles industriels ont rythmé le mouvement des populations en France, depuis la première moitié du 20ème siècle. Mais ça, c’était avant. Maintenant il s’agit d’une expérience totale qui engage toutes les parties de notre vie professionnelle, personnelle, familiale. « On entend dire que si les gens voulaient bien déménager aujourd’hui, il n’y aurait plus de chômage, mais ça ne marche pas comme ça », commente Thomas Sigaud.

Désormais nous sommes à la recherche du bon équilibre qui satisfait tout le monde. S’il s’agit d’une mutation, le conjoint y trouvera-t-il son compte, les enfants seront-ils perturbés, les parents âgés n’auront-ils pas besoin de nous ? Autant de questions qui demandent réflexion. « Un déménagement de trois kilomètres seulement suffit à ne plus jamais voir ses amis, note M.Sigaud. Vous les croisiez tous les jours au marché, dans votre immeuble. A présent, il faut prévoir, trouver des occasions ».

Partir, c’est mourir un peu certes mais pour mieux renaitre ailleurs ou pour certains naître tout court. Après les cadres, ce sont les jeunes entre 20 et 25 ans qui bougent le plus. Les premiers ont les moyens de le faire, les seconds débutent leur vie d’adulte. Ils partent de chez leurs parents pour les études, traversent la France durant leur cursus pour changer de spécialité.

Les déménagements se font davantage à l’intérieur d’un même département que dans une autre région. L’attractivité d’une ville se mesure à l’aide de nombreux critères : taux d’emploi, parc immobilier, offre culturelle. Et toutes n’ont pas le même pouvoir de séduction

Paris dicte sa loi
Toulouse, Bordeaux, Rennes arrivent en tête du classement des villes préférées des Français en 2013 (enquête Parisien Magazine**). Ces villes ont les soldes migratoires les plus importants, c’est-à-dire, qu’elles ont plus d’entrants que de sortants. « Toulouse cumule tous les atouts, commente Thomas Sigaud. Un bassin d’emplois dense grâce à l’aéronautique, la Défense, une offre immobilière abordable ». A l’instar de grandes villes comme Paris et Lyon, la ville rose permet plus qu’ailleurs à un couple de cadres, de trouver un emploi pour chacun.

Une diagonale de Cherbourg à Nice, coupe la France en deux. L’Ouest, le Sud-Ouest, le Sud sont plébiscités, le Nord, l’Est sont délaissés. Il existe des exceptions comme Nancy qui possède le meilleur ratio d’installation d’étudiants. Grandes écoles, centre-ville animé, offres culturelle et sportive imbattables, toutes les conditions sont réunies pour les retenir le temps de leurs études et pourquoi pas après.

A l’opposé, Nice, Fréjus sont les cités d’or des seniors. En plus de la douceur de vivre que beaucoup viennent chercher, tout y est adapté pour leur bien-être. Ces villes déploient un arsenal de médecins, de masseurs, de laboratoires ou de maisons de retraite spécialisées.

La région parisienne arrive dernière du classement mais reste la plaque tournante avec 550.000 personnes qui se sont installées entre 2008 et 2013. Dans le même temps, ils sont 900.000 à en être partis. « Paris attire et rejette tout à la fois explique M.Sigaud. Elle attire les jeunes diplômés, rejette les jeunes couples et attire à nouveau les cadres confirmés de 50-55 ans. Ils finissent leur carrière ici, parce que c’est à Paris que se trouvent les postes de direction».

Dynamisme économique oblige, les cadres continueront de « monter à la capitale ». Ils y déposeront leurs valises tant que les grandes entreprises y auront leur siège et ce malgré les loyers excessifs, le stress, la pollution. Ils reporteront leur retour à la terre d’origine, aux racines. « Les racines, c’est bon pour les arbres, nuance Thomas Sigaud. Même si ça peut faire partie d’une recherche d’identité dans un monde qui bouge ».

Sans être originaire de la ville où il s’installe, le jeune diplômé arrive rarement en terrain inconnu. Il a des repères, y a fait ses études, a encore des amis sur place. « Pour lui, plutôt que de racines, on peut parler de ports d’attache un peu partout en France », juge le sociologue.

Que vous changiez de rue ou que vous partiez à l’autre bout du pays, déménager signifie beaucoup. Suivre un conjoint ou s’en séparer, commencer la vie active ou la quitter, s’agrandir ou repartir de zéro, il existe bien des réalités différentes dans le simple fait d’emballer des cartons. Et chaque déménagement reste un point de repère posé sur le parcours fluctuant de nos vies.

*cee-recherche.academia.edu/ThomasSigaud
**leparisien.fr/magazine/grand-angle/exclusif-les-villes-preferees-des-francais